Une ligne électrique suit l’ombre des arbres
Comme un verbe lancé là au gré du noir.
Tout est si fragile et navigue quelque part…
Dans la nuit, tout se brise, même le marbre.
Une chouette pleure dans un coin sombre :
Les mésanges ont déjà tourné le dos, indifférentes
Aux néons, leurs liturgies, leurs chœurs qui hantent.
Le petit nocturne blanc chante sous les décombres.
De ça de là, des bâtiments gris comme des tombes,
Des rails qui grincent, des mots qui rongent.
Quand le monde ferme ses bras et éponge
Les lettres couleurs, les phrases qui inondent.
Pourtant ça circule, ça véhicule, parfois trop
Et tout danse sans ridicule et tournoie !
Voici le tourbillon qui s’enivre, l’exploit !
Les paroles n’ont plus de rives et coulent à flots.
Sur les lignes électriques, elles s’étirent
Et font courir le verbe, les belles histoires.
Là haut, dans les étoiles, serait-ce l’espoir ?
Mais, dans la nuit, tout se brise, tout se tire.
Il ne reste que la chouette, son duvet pâle,
Roulée en boule au creux d’un toit.
Lorsque les mésanges se sont envolées une fois,
Elles ferment le monde aux tourbillons, aux cœurs sales.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024