SOUS UN AUTRE SOLEIL

Il y a ce parfum entêtant, ce bruit,
Cette prison à ciel ouvert, lassée d’essentiel,
Une explosion dans mes rétines, un cri
Que personne n’entend quand la ville s’étincelle
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a des mots, ceux qu’on ne veut plus prononcer,
Les bras, courbaturés, accrochés aux réverbères,
Ces rues, ce ciel gris juste à gerber
Et le fleuve, là, dessiné, un peu vert
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a les souvenirs, les oublis et la pluie,
L’odeur du monde, de la terre ferme,
Les néons qui dansent dans la nuit,
La masse qui gueule là où mon silence germe
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a cet âge d’or, nos coeurs ivres,
Les peaux qui se cherchent ou se bannissent,
Ce temps où on peut se transpirer, se haïr,
Se nourrir de tremblements et se laisser mourir
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a tous ces regards qui s’éteignent,
Ces rires portés un à un disparus,
Les reproches passés lentement au peigne
Et ces moments où on erre, perdu
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a ces rêves, juste là, suspendus
Comme des guirlandes un peu trop belles,
Pierrot, agité, qui voltige sous la lune,
Comme un pantin animé gravitant à l’envers
Sous un autre soleil, sous un autre soleil.

Il y a le réveil, les couleurs de l’aube,
Le chant du cygne et les anges qui tombent,
La conscience engourdie, privée de ses fraudes.
Quand on ne voit plus rien, les pupilles s’inondent
D’un autre soleil, d’un autre soleil.

© Aline Boussaroque

MES AUTRES POÈMES