Il y a une courbe qui orne le visage de tout homme au moins une fois dans sa vie, sans exception. S’étirant en finesse ou dans toute sa longueur, elle frôle parfois jusqu’à nos yeux, livrant ce que nous, communs des mortels, appelons « un sourire ».
Il y a le premier, the first one, celui qui gazouille et illumine l’enfant comme un arc naissant. Celui là est le plus simple et l’évidence même. Puis vient celui du petit farceur, avec une légère fossette qui s’insère sur le coté, l’œil vif, malicieux, pensant déjà à la prochaine connerie réalisable. Il énerve mais on le prend quand même car il transpire l’enthousiasme… foutu gosse ! Mais celui qui marque, comme un permanent sur une vitre, est pourtant celui qu’on attrape à la volée : le bon sourire de l’adolescence insouciante, des années qu’on ne compte pas, des stupidités qu’on voudra nier plus tard mais qui sont pourtant les meilleures de son existence. Nostalgie quand tu nous tiens…
Le sourire n’est (ou naît) pas sans personnalité. Il y a celui du timide, à peine entamé mais visible, de par sa coloration, plus rapidement que les autres. On voudrait le découvrir mais il craint les visites. Il se fait d’ailleurs rapidement dévoré par le sourire du convaincu. Allez, qui n’a jamais connu celui là ? Le gars ou la fille qui a le smile greffé sur le visage, celui qui dit : « Hey, t’as vu, j’assure ! ». C’est le sourire qui agace mais qui pourtant en a fait tomber plus d’un(e) dans le piège. Il y a également celui de l’angoissé. Ce sourire maladif, hésitant, qui essaie de faire croire que tout va bien alors que tout est noir. Sa neutralité défie tous les murs et ne laisse entrevoir aucune ouverture. Il clôt la conversation. Mais le pire, quand même, disons le tel quel, c’est le sourire du connard. Ca mérite un arrêt sur image. Vous y êtes. Oui, celui bien étiré, qui essaie de faire naturel alors qu’artifice pourrait être écrit dessus en gros et en gras. Pourtant, pas de feu ici, juste un vieux gout de charbon et de souffre… c’est ça, bien dégueulasse. Ce sourire là vous agace, vous rend nerveux… dommage, c’est celui que vous rencontrerez le plus ! Heureusement, il reste le vrai sourire du gentil, celui qui ne demande rien en retour et qui accepte de vous donner les renseignements dans le métro sans se sentir agresser, celui qui veut bien prendre vos blagues pas drôles juste parce que c’est vous et qu’il vous aime bien. C’est un sourire… un sourire quoi…
Evidemment, certains sourires nous tiennent plus que d’autres. Il y a celui de nos parents, toujours rassurant, toujours confiant, sans faille. Celui là est indestructible. Il y en a un autre qui fait bien le pied au temps, c’est le sourire taquin de papy ou affectueux de mamie. Il sent la paix, la confiture de châtaigne et est doux comme la laine. Il peut se passer n’importe quoi, vous pouvez vous habiller en punk, jouer le morceau de musique le plus trash du monde, il est toujours ravi et content. Mais celui qu’on adore par-dessus tout je crois, c’est celui de notre meilleur(e) pote. Vous en connaissez beaucoup vous des sourires qui cachent douceur, soutien, complicité, marrades et rire aux éclats ? Des sourires qui essuient vos larmes sans même y toucher ? Des sourires qui disent tout sans même parler ? Celui là, c’est le meilleur car on peut le partager.
Il n’en reste plus qu’un. Un sourire. L’Unique. Celui là se confond tellement avec l’horizon qu’on ne sait plus s’il porte des oiseaux ou s’il scintille sous le soleil. Il est là, c’est tout, et c’est ce qui nous peuple. Ce sourire là, il n’y a pas photo… c’est le tien.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024