LES DANSEUSES

Les danseuses n’ont pas toutes des ailes.
Elles peuvent nager dans les grands fonds,
Se courber avec grâce, se retourner au ciel
Et dans un élan lumineux creuser un tourbillon.
Point de tissu, de chaussons ou de coiffure,
La peau est le luxe de ces ballerines bleues,
Un peu lisse, un peu rude, qui susurre
D’étranges mots, des doux cris paresseux
Qui raisonnent dans l’écume, dans nos larmes,
De notre colonne vertébrale jusqu’aux flux
Alimentant nos âmes, faisant baisser nos armes.
La nature se passe volontiers de tutus.
Leur ballet est une chute, une voltige,
Un ensemble d’arabesques étranges, un vol
Suspendu. Leur ballet est une danse du vertige.
Sous la surface, dans l’absence du sol,
Elles tournent en un spectacle tranquille.
Rupture des codes, opéra au gré des courants,
Lentement elles décollent leurs nageoires habiles
Dans les profondeurs silencieuses de l’océan.
A l’envers, à l’endroit, rieuses dans les bulles,
Personne ne saurait briser le voyage.
Chacun le sait, les baleines sont des libellules,
Des anges sous les flots, loin des rivages.

© Aline Boussaroque

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