Je marche sur un pieu, le cœur comme une église,
Un peu sacré, mystérieux, noué dans sa couronne d’épines.
Son architecture est froide, la chaleur s’amenuise.
Que dire de ces croix ? Ici, même le loup s’incline.
J’avance les pieds nus, la lame aiguisée sous les chœurs
Des anges sublimant les bruits blancs dans ma tête.
Le loup se retourne, la pupille verte, sublime couleur.
O mon ami ! Du sauvage, je suis le tendre esthète !
Baisse tes crocs en ce lieu funèbre !
Ce soir, j’enterre l’Humain, l’Amour, le Rêve.
C’est à moi de m’incliner, sauvage au cœur des ténèbres,
La lumière décline, les vitraux se défaussent de leurs brèves.
Je m’assois et te contemple en silence.
Les larmes coulent car je te vois vivant,
A l’heure où mon esprit songe à une autre errance.
L’église n’est rien d’autre que cette plaine, ce paradis blanc.
Quelques gouttes de moi, l’heure tourne
Inlassablement, rouge et chargée de violence :
Dans les chandeliers, la flamme jaune séjourne
Tandis que l’autel réclame mon indulgence.
***
Quelle est cette créature
Qui avance si lentement
L’air triste et en torture ?
Quel est cet enchantement ?
Je me courbe, les oreilles couchées.
En ce lieu, je suis le maître.
De la vierge, tu as les pieds
Et ils semblent se soumettre.
Les arches grises sont mon sanctuaire.
Sache qu’ici les murs sont silencieux
Et les bougies ont perdu la lumière
Soufflées par les Hommes, grands prétentieux.
Ils ont oublié qu’ils ne sont pas divins,
Ni des astres, ni la beauté de ce monde.
Ils ont oublié qu’ils sont de sombres crétins :
L’Humain a une âme nauséabonde.
Il s’émerveille devant mes louveteaux
Puis leurs tire dessus quand ils grandissent,
Pauvre fou, pâle sur les écriteaux,
Tu n’entends pas que les plaies jaillissent ?
De nos poils gris, durs, de notre manteau
Coule un pourpre ruisseau dont tu es le créateur
Mais l’autel te chuchote des mots
Tandis que s’écorche la peau du marcheur…
***
Entre enfant perdue…
Viens dans ce paradis
Où la louve sue,
Où la louve dit :
« Ce pieu est mon psaume,
Tu avances, le pas douteux,
Vers un autre royaume ».
L’autel redevient silencieux.
***
L’enfant brille, le loup s’étincelle.
La flamme vacille, l’ombre s’amoncèle.
Dans les paumes de la fille, l’archer d’un violoncelle.
Le loup hurle. Chante le criminel !
Sous la lune brûle la musique originelle :
L’ange ingénu qui rencontre l’essentiel.
**
L’église se transforme en paradis blanc.
Sous le concerto, les yeux de l’enfant
S’ouvrent. Voyez-vous ? Ils sont verts.
Et l’instrument hurle au cœur de l’hiver.
N’entendez-vous pas le loup ?
N’entendez-vous pas sa fusion
Avec la mélodie qui se joue ?
L’Amour et le Rêve sur l’autel de la raison.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024