Je pense à cet instant où tout est sur un fil.
A quoi penses-tu ? Que chantent les cygnes ?
En un éclair tout a disparu et voici les tubes…
Trop d’eau sous mes cils et je titube.
Où sont tes souvenirs ? Ta guitare est dans son étui.
Je l’entends jouer un blues en Do, peut-être en Si,
A moins qu’ils ne s’agissent de mes songes déchus,
De mes brouillons de vie, de ces tranches vécues.
J’imagine cette chambre blanche, c’est un crime.
On ne vide pas un cœur si plein, jamais on ne l’abîme
Dans l’insipide, le blanc assassin et rigide.
Les yeux bleus s’endorment toujours dans l’électrique.
Alors je prends ta main et je gémis.
L’électricité lentement te quitte cette nuit.
La pièce hurle, je maudis ces machines pesantes.
Aucun bruit, aucun cri, la pesanteur qui me hante.
J’écris à cet instant où tu vacilles,
Comme une bougie à l’épreuve du vent.
Si mon souffle devient un peu plus violent,
Accrochera-t-il le fil sur un dernier élan ?
Sous tes paupières, des cygnes chantent maintenant
Ouvrant leur bec plaintif en se courbant.
Le blues fait tomber les murs hostiles.
L’eau coule sous mes rétines et je devine.
Voici les souvenirs, l’éclair, l’étui et le moment
Et tout se bouscule en cet instant.
Un cygne s’électrise de bleu et me tend son cou.
Il dépose dans ma main un fil, un regard si doux.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024