Billet d’humeur #1 :

Par-delà les toits.

Le soleil se couche. Je jette un œil en direction des toits où quelques oiseaux distraits se glissent entre les rayons d’or de la lumière déclinante. C’est un moment que j’apprécie car des nuages, souvent bien trop gris, y prennent un assemblage de couleurs atypiques. On y voit du mauve, un orange très pale, les nuances d’un blanc cassé et d’un jaune atténué qui se fondent telle une aquarelle dans le bleu délavé du ciel. Si on reste immobile, tout semble se figer dans un gris bleu parfait, comme un dessin fait au coton. Oui, j’aime ce moment bloqué dans un instant précis où chaque minute peut changer la donne et faire disparaître ce paysage au profit de la nuit. J’aime m’y attarder et me dire que tant de gens n’y prêtent pas attention. C’est une sorte d’espace où il fait bon, d’où il émane une chaleur et une vie à peine perceptible. Tiens… A l’instant où j’écris, une aile vient de s’ouvrir et de fleurir, formidable éphéméride… A peine deviné, à peine disparu. Comme quoi, le tout peut s’animer d’un rien. Alors, le moment bascule et ce rien devient tout.

C’est étrange comme peu de monde se saisit de ces images. Ce qui nous entoure est une pellicule à ciel ouvert, une sorte de vaste écran où des milliers d’histoires se recouvrent et se retrouvent.

Les couleurs sont retombées. Il ne reste que le noir de la bobine, son métabolisme accablant. Par terre, quelques plumes oubliées. Qui de vous les piétinera ? Combien de vous vont passer à coté ? Qui remarquera l’impossible équation des nuages du ciel d’Avril ? Avec le soleil, je couche la question car vous avez déjà fermé les yeux… depuis bien trop longtemps.

© Aline Boussaroque

MES AUTRES POÈMES