DISONS-LE, L'HOMME

Disons-le, l’Homme brûle tout ce qu’il touche
Et les grues se fendent, chutent sans bruit
Car, dans le chahut des anges, se ferment les bouches.

Un regard compulsif qui empire et goutte de suie.
Ici, plus rien ne s’irise, dans l’ombre règne le vautour
Et le pauvre roi devient sourd. La source fuit.

Disons-le, l’Homme étrangle le cygne et tait le chant d’Amour
Car il préfère ouvrir son éventail sinistre, de noir et d’or,
L’agiter, suivre la file et se fondre dans les marécages autour.

Le corps courbé, à l’image des cils, dans ce vaste décor
Où les marionnettes se brisent, où les pantins dorment,
Voici l’être docile, sa cambrure sous les miradors.

Disons-le, l’Homme n’a rien compris des aubes et de l’orme,
Du silence des anges qui s’assassinent sur le macadam,
De leurs ailes plombées qui lorsqu’elles tombent nous assomment.

Le poing serré, la mâchoire qui grince et le vacarme…
Le voici ce fantôme qui défie les murs ! Qui défie ses spasmes !
Qui sait de ses murmures ? Qui peut lire au travers de sa lucarne ?

Disons-le, l’Homme n’est que mensonges et sarcasmes,
Un navire à la dérive brisant sa dernière bouteille,
Déchirant ses mats, les canaux et ses rames.

Tête baissée, dans les bras de la Méduse, noyant monts et merveilles,
Le voici naufragé, mangeur d’écume et de corail abîmé,
Croyant rêvé sur l’eau mais mourant, cruel, sous le soleil.

© Aline Boussaroque

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