TERRA DAMNATA

Nous avons allumé un feu
Qui ne trouvera jamais fin
Car nos actes – pauvre aveu –
Sous le manteau, le crachin,
Sont des gouttes affamées
De vitalité et d’azur mauve,
De végétal et d’alizées
Jusqu’aux nerfs des fauves.

Que restera-t-il de nous
Quand la terre brulera ?
L’eau désertera la boue
Et disparaîtront nos pas.
Les océans seront flaques
Diffames et impures
Où les requins, sans attaque,
Mourront l’aileron dur.

Nous avons ri de l’enjeu
Et fait des pirouettes,
Menteurs, clowns désastreux,
Sombres prophètes.
Nous avons fait église
Nos usines, nos capitaux
Pour mieux que s’enlisent
Notre pétrole et nos bateaux.

Ah ! Nous écoutons maintenant
Les statues qui pleurent,
Les bourgeons du printemps
Qui crament sous la chaleur.
Le bourdon, grand mélomane,
N’a jamais autant composé
Sa symphonie sous le méthane
En plomb mineur ou peut-être en Ré.

Et nous redoutons la vision,
Le désenchantement triste,
Les improbables tourbillons
Aux hurlements sinistres !
Avons-nous oublié déjà
Que nous ne sommes pas invincibles ?

Nous marchons à pas perdus,
– Ah ça ! Pour marcher, nous savons ! –
Dans le monde, dans les rues
Croyant obtenir un pardon.
Nous sommes des pauvres fous,
Des pyromanes universels.
Nous enfonçons des clous
Pensant réparer les séquelles.

© Aline Boussaroque

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