Ici, les lois sont autres au travers des sapins
Sabrés d’un pale soleil. Quel est ce déclin
Que nous maintenons dans nos forteresses ?
Les épines nordiques jamais ne blessent.
Le rouge bordant les sentiers, tapis de pourpre,
Ne livre aucun crime sinon celui de l’amour,
Aucun cri, aucune violence. Ne restent que les vapeurs
Des grosses gouttes, sorties de leur torpeur.
Au loin, un lac chante harmonieusement le silence
Soutenu par les roseaux, les hérons, leur prestance.
Que raconte cette mélodie, ce murmure éclatant
Comme un luth sur un miroir, comme un cerf bramant ?
« Ici, loi n’est que brume, sauvage et runes de la forêt.
La terre a ses écritures, ses psaumes, son odeur, ses faits.
Ne reste pas en cette demeure si tu dénigres la pierre.
Souviens-toi que l’écorce est le plus beau des livres ouverts. »
La mousse nourrie d’hydrogène, sol de l’abondance,
Même au cœur de l’hiver éclate d’un vert pur. Élégance.
Mes yeux se ferment. Honte à cette injure dont je suis porteur.
Honte à mon humanité, mon espèce au tempérament destructeur.
Perdue dans ces espaces occultes où la magie s’infiltre
Non pas dangereuse et obscure mais vraie et sensible,
Je sens sous ma peau un frisson venant tel un tatouage
Se graver dans mon échine : ma religion, sous ces branchages.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024