MESSAGE AUX ÉTOILES

I

Ce soir, c’est à vous que je m’adresse,
Vous, lucioles dans les ténèbres, altesses
Plus hautes que les montagnes, leurs vertèbres,
Que ces édifices de calcaire bien solitaires.
Depuis la nuit des temps, vous veillez
– Grandes Dames – par-delà l’immensité.
Gardiennes célestes, flocons de nébuleuse,
Poussières au gaz doré qui laissent rêveuses,
Cela fait un moment que je vous regarde.
Je laisse dormir le soleil rouge qui tarde,
J’attends que la lumière sélénite s’encastre
Au cœur du monde, argent sans désastre,
Et mon esprit se perd loin là-bas, ailleurs,
Dans la pâleur de vos doigts, votre chaleur.
Sous vos arcanes se forment des esquisses
De Capricorne, de poissons, de délices,
Tout un royaume, que sais-je encore ?
Je ne connais aucun plus beau décor.

II

Les étoiles rendent son poil étincelant
Comme si de sombres diamants rougissaient,
Comme si un autre soleil illuminait
La grandeur de ce corps dans les bois errant.
Alors qu’il s’apprête à franchir la lumière,
Une fois encore, il brame, les bois brulants :
« Je suis le dernier poète, le sauvage charmant.
Regardez-vous bipèdes… Vous oubliez la terre,
Ses rivières, son parfum, son écorce, ses roches,
Le miel, l’ours, l’Amour, la Mère,
Ce qui parle, ce qui vibre au fond de nos artères.
Dois-je penser que votre fin est proche ? »
Lentement, il incline la tête, les yeux tristes.
Jamais la clairière n’a été aussi belle, il approche
Glissant dans les hautes herbes, sans reproches.
Un bruit sourd. Il plie. Bipède, inlassable, tu pistes.

III

Homme, tu as tué la poésie.
Le sauvage jamais n’accepte.
Si le cerf doit mourir ici,
Tu deviendras la bête.


IV

Etoiles, vous transportez en vos univers
Tous les poètes assassinés, leurs mats de misère
Qui, sous le fusil humain, doivent plier
Alors qu’ils portent en eux le cerf illuminé.
C’est à vous que je m’adresse Grandes Dames,
Capricornes ailés, poissons aux douces larmes !
La terre de vous est bien peu habitée
Sous la tristesse et le vacarme des âmes vidées.
Parfois, j’imagine, si je ferme les yeux,
Une pluie de poussière dorée, des néons bleus
Comme de la neige en été qui couvrirait le sol
Alors, sous la guirlande des douces lucioles,
En silence, une larme au coin de l’œil,
Surgirait le cerf, debout, pour qu’il m’accueille.

© Aline Boussaroque

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