Imaginez une mitraillette faisant l’amour à une plume, deux amants s’embrassant au milieu d’une guerre sans fin, un piano jouant pour un barbelé. Imaginez la fusion de l’invincible et du fragile, la force qui s’éprend de la sensibilité. On est au cœur des choses, on est au cœur tout court car ici la raison est silencieuse. La perception du réel est faible mais celles des sens et de l’imagination au « climax » de sa réalisation. On rêve, on se consume, on veut rire, on veut pleurer, à moins qu’on ne se sente un brin mélancolique ou angoissé, voire légèrement amer et d’une douceur épuisée. En fait, on est juste dépassé. C’est beau.
Vous ne comprenez pas ? Ca n’a pas d’importance. Il est des espaces où le ressenti et les vibrations suffisent, où les émotions parlent la gueule béante, où chaque battement est un monde intérieur qui se déploie. Vagues déferlantes, hélicoptères dissonants, cerf au chant brisé, harmonies belles comme deux gamins qui rient dans les lueurs de l’été, un sourire, le tien, peut-être le mien mais surtout pas le leur, une goutte sur l’épine dorsal, un glaçon dans la main et la chaleur des rochers sous les pieds. L’herbe des montagnes, son parfum ; l’air des villes, son refrain.
Silence, regardez, mon sismographe s’agite. Il est vivant et brulant.
23h54. Vous êtes dans mon casque.
© Aline Boussaroque![]()
© Aline Boussaroque 2024